Torche olympique à Sotchi

Sotchi, les défis de l’héritage olympique – Russie

Torche olympique à Sotchi

Torche olympique à Sotchi © Irene Valdimirov 2016

De plus en plus, l’accueil de Jeux olympiques nécessite un grand investissement tant financier, opérationnel, qu’humain pour les villes-hôtes. La candidature de Paris à l’accueil des JO de 2024 et la clôture de ceux de Rio fin août 2016 rendent cette question d’une grande actualité.

Les Jeux sont un moyen d’attirer l’attention de la planète sur un territoire, une ville en particulier, via les médias. Ils permettent aux pays-hôtes de bénéficier d’une publicité qu’ils ne pourraient s’offrir par ailleurs, et si les Jeux se passent bien, de gagner une image positive grâce aux valeurs véhiculées par le sport (travail, réussite, solidarité…).

Mais de plus en plus, le mythe du méga-événement comme catalyseur économique et social est remis en cause. L’expérience de pays ayant accueilli les JO récemment peut nous éclairer sur cette question. Les derniers jeux olympiques d’hiver se sont déroulés à Sotchi en Russie du 7 au 23 février 2014, puis les jeux paralympiques du 7 au 16 mars.

L’enjeu principal de cet article est la réutilisation des installations olympiques après les Jeux.  Les organisateurs veulent éviter les « éléphants blancs », ces coquilles restées vides dans la phase post-olympique. Or, à Sotchi, la capacité des stades peut sembler élevée au regard du nombre d’habitants (500 000 pour l’agglomération, 150 000 pour la ville-centre de Sotchi). Quelle est alors la stratégie mise en place par la ville et les gestionnaires pour occuper ces équipements ?

Un point sur Sotchi

Vue sur Sotchi depuis la colline Vinogradnaïa

Vue sur Sotchi depuis la colline Vinogradnaïa © Irène Vladimirov 2016

Sotchi est au cœur d’une agglomération de 500 000 habitants. C’est une ville moyenne en Russie, connue essentiellement pour être une station balnéaire. C’est le lieu de villégiature tant des dirigeants soviétiques puis russes que des classes moyennes. Ses sanatoriums sont célèbres en Russie. Elle se trouve sur la côte de la mer Noire et a un climat subtropical humide. L’organisation de Jeux d’hiver y semble paradoxale, dans un pays qui ne manque pas d’enneigement. Mais l’hiver, les sommets du Caucase voisin ont des  températures suffisamment basses pour assurer la compétition.

Des travaux pharaoniques dans des délais très réduits

La préparation de la ville s’est déroulée sur sept années, depuis l’acceptation de la candidature par le Comité International Olympique (CIO) en 2007 jusqu’au déroulement de la manifestation sportive. Mais en réalité, l’idée de mener des JO à Sotchi est bien antérieure, et la ville s’y prépare depuis les années 1990 – époque à laquelle il est question d’y organiser des Jeux d’été.

Panorama des travaux effectués

Carte des travaux olympiques à Sotchi

Carte des travaux olympiques à Sotchi © Irene Vladimirov 2016

Les travaux olympiques peuvent être divisés en plusieurs catégories : ceux qui sont directement liés à la manifestation sportive, et ceux qui n’en sont que des conséquences.  Deux sites olympiques ont été construits, le premier ex-nihilo sur des marécages côtiers, le second sur une petite station de ski préexistante, mais de taille modeste au regard des grandes stations alpines. Ces deux sites olympiques sont en réalité situés respectivement à 40 et 60 km du centre de Sotchi. La carte ci-contre récapitule les différents travaux.

Les travaux directement liés aux JO :
Le complexe côtier à Sotchi

Le complexe côtier à Sotchi © Irène Vladimirov 2016

Complexe côtier : 6 stades, soit une capacité totale de 80 000 places (Stade Olympique Ficht, Grand stade de hockey Chaïba, Petit stade de hockey, Arène de curling, Patinoire Arène d’Adler (patinage de vitesse), Patinoire Iceberg (patinage artistique)),  Village olympique, Centre de presse

Station de ski : pistes de ski alpin, 4 équipements spécifiques aux sports d’hiver (Équipement de biathlon, Piste de Bobsleigh, Tremplins, Parc de snowboard et Freestyle), Village olympique

Les travaux indirectement liés aux JO :
La station de Krasnaïa Poliana à l'est de Sochi

La station de Krasnaïa Poliana à l’est de Sochi © Irène Vladimirov 2016

Les routes et infrastructures de transport ont été améliorés. Le contournement nord de la ville a été achevé, et la modernisation de l’aéroport, dont le projet date des années 1980, a été menée à bien. Un axe de chemin de fer reliant la station au complexe côtier a été construit pour les Jeux. L’infrastructure urbaine a également été modernisée. Le système d’évacuation des déchets a été redéfini, une nouvelle centrale électrique, moins polluante, a été conçue.

Ces travaux indirects sont les principaux héritages des JO. Ils ont accéléré des mutations urbaines et un véritable pôle a émergé à Adler, où se trouve aujourd’hui le complexe olympique côtier.

Les financements

Les JO de Sotchi sont qualifiés par la presse des « plus chers de l’histoire ». Leur coût total s’élevant à 55 milliards de dollars selon une étude des financements réalisée par M. Müller.  57,7% de cette somme proviennent de l’argent public, que ce soit des caisses de l’Etat fédéral ou des échelons territoriaux inférieurs. De grandes entreprises semi-publiques ont aussi porté le projet, à hauteur de 22,5% : Gazprom et les chemins de fer russes. Enfin, le reste provient de dettes contractées par l’Etat (16,3%) et d’investisseurs privés (3,5%).

Aujourd’hui la ville de Sotchi est très endettée car elle ne touche pas les bénéfices directs des Jeux. Les stades du complexe côtier sont gérés par l’échelon territorial supérieur, le Kraï, et les recettes de la station de ski sont touchées par ses propriétaires, Gazprom et Interros principalement, soit deux géants financiers. Pour occuper les stades acquis pour les JO, et ainsi obtenir  un retour des efforts investis, la stratégie choisie par la ville de Sotchi est la mise en tourisme.

La fréquentation des équipements : miser sur le tourisme

Réutiliser les équipements

Pour rentabiliser les stades construits pour les jeux, il faut assurer leur fréquentation. La station de sports d’hiver a été construite et conçue comme une station dédiée au  tourisme et au loisir. Sa reconversion n’implique pas un changement de fonction.

Le complexe côtier de Sotchi

Le complexe côtier de Sotchi © Irène Vladimirov 2016

En revanche, c’est différent pour le complexe côtier. Lui cumule plusieurs fonctions. En journée, il est le siège de plusieurs fédérations sportives ; c’est devenu l’un des pôles sportifs de Sotchi où s’entraînent des athlètes de haut niveau. Ce sont des populations permanentes, travaillant dans ce nouveau quartier.  Mais le grand défi logistique est le tourisme ou l’afflux de population non permanente en saison. De grands complexes hôteliers sont installés sur le parc olympique et la proximité de l’aéroport assure une bonne desserte (voir carte).

Pour occuper ces stades, il faut alors organiser des manifestations. Le tourisme événementiel est la stratégie choisie à Sotchi. Les stades sont multifonctionnels : les patinoires peuvent par exemple être retirées pour accueillir des concerts et autres manifestations festives. A côté de ce tourisme dédié aux loisirs, un tourisme de travail existe. C’est par exemple celui des chercheurs se réunissant pour un colloque, ou de voyages d’affaires. Le complexe côtier a été également conçu pour eux.

La fréquentation du parc

La fréquentation touristique du complexe côtier est élevée. En 2015, il accueille 1,5 millions de visiteurs. Des manifestations sportives peuvent y être organisées, mais aussi des concerts ou des festivals. Deux grands changements interviennent suite aux Jeux : la mise en place d’un parc d’attractions ainsi que d’une piste de Formule 1 (voir carte). Sur trois jours, 150 000 personnes ont fréquenté le Grand Prix de Sotchi 2016, qui est une course automobile. Le parc olympique n’est pas déserté, bien qu’un des stades soit pour l’instant en travaux et donc inutilisé. Il s’agit du stade qui va accueillir certains matches de la Coupe du Monde de Football de 2018. C’est celui qui présente le déficit le plus important.

Piste de Formule 1 dans le parc olympique de Sotchi

Piste de Formule 1 dans le parc olympique de Sotchi © Irène Vladimirov 2016

Les Jeux ont doté la ville de moyens pour accueillir des manifestations d’envergure. La grande ambition de toute ville olympique est  d’intégrer un réseau de villes mondiales, de faire venir les touristes et investisseurs étrangers. Or, ce n’est pas le cas à Sotchi. Sur les 5 millions de touristes venus en 2015, 97% proviennent de Russie, ou de l’ « étranger proche », c’est-à-dire des ex-républiques d’Union Soviétique. Les JO, qui visent à internationaliser un territoire, n’ont pas eu cet effet. En revanche, ils ont accru la fréquentation touristique de la ville, « tombée » à 1 million dans les années 2000.

Les JO et l’image d’un territoire

L’un des buts à long terme des JO est de faire venir les investisseurs pour faire redécoller un territoire. L’acquisition de salles de conférences où se tiennent de grands sommets politico-économiques (par exemple, le congrès de l’ASEAN en 2016) est un facteur pour faire monter le prestige de la ville. Mais, y compris dans l’ère d’euphorie post-JO, la ville de Sotchi n’a pu tirer des bénéfices directs ; le contexte de tensions internationales a par exemple provoqué l’annulation du sommet du G8, qui devait avoir lieu sur le parc côtier de Sotchi.

Conclusion

Le stade Ficht à Sotchi

Le stade Ficht à Sotchi © Irène Vladimirov 2016

Les Jeux olympiques, projet postindustriel dans une Russie modernisée, ont eu comme effet de renforcer davantage la fonction touristique. Plus que des centres d’affaires et des bureaux, comme c’est le cas à Vancouver suite aux Jeux d’hiver de 2010, des salles de conférence et des hôtels ont été construits sur le site olympique principal. Plus que le profil économique, c’est donc le profil urbanistique de la ville qui a été modifié par les Jeux d’hiver, avec l’apparition d’une nouvelle centralité : le complexe côtier.

Auteur: Irène Vladimirov, agence rethink

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