Entrée d’une résidence privée

Le quartier Xujiahui à Shanghai – Chine

Shanghai 1932 : concession française et anciens canaux

Shanghai 1932 : concession française et anciens canaux © IPRAUS

Shanghai, ville chinoise la plus peuplée avec 23,5 millions d’habitants, est un territoire vaste de 6300 km² (1/2 de la surface de l’Ile de France), dont la hiérarchisation administrative correspond à celle du pouvoir chinois : la municipalité-province, 8 arrondissements urbains (dans la ville centre) et 10 districts et arrondissements périphériques, les quartiers urbains et bourgs ruraux, les comités de quartiers. A cela s’ajoute une organisation polycentrique issue de la succession de politiques urbaines menées depuis les années 1960 : le centre ville et les quatre sous-centres (Zenrhu, Wujiaochang,Huamu et Xujiahui), auxquels se sont ajoutés dans le dernier Schéma Directeur, 11 villes satellites, dites villes nouvelles (200-300 000 habitants) et 22 villes-relais (50-100 000 habitants).

De manière synthétique, on peut observer que l’ensemble du sol appartient à l’Etat et son occupation fait l’objet de baux emphytéotiques. La propriété individuelle n’existe donc pas. La ville révèle un tissu urbain qui se fait et se défait au rythme des concessions où le sol devient le support d’un véritable palimpseste. Les plus importantes de ces traces forment la structure de base du réseau des espaces publics de la ville. Elles cristallisent de nombreux enjeux économiques, politiques, sociaux et sont les réceptacles des profondes mutations de l’espace urbain induites par la modernisation de la ville. Nous avons cherché à illustrer ces mutations urbaines caractéristiques de la ville de Shanghai, à travers l’un des points fort de sa structure  : le quartier de Xujiahui.

Cathédrale St Ignace

Cathédrale St Ignace © Jo Sau 2012

Situé à la limite de l‘ancienne concession française, le quartier de Xujiahui du district Xuhui est marqué par un patrimoine religieux dont l’emblématique cathédrale St-Ignace (1847). Les jésuites ont pu construire à partir de 1842 un complexe religieux dont la cathédrale et d’autres édifices tels qu’une bibliothèque, un couvent, et des écoles. C’est aussi un important carrefour sur l’axe Zhaojiabang Road qui tire son nom et son parcours du grand canal remblayé dans les années 1940. Il formait la limite de la concession française et longeait la ville chinoise jusqu’à la rivière Huangpu.

Le tissu urbain de Xujiahui révèle les différentes traces de mutations urbaines qui ont écrit son histoire. Nous avons pu relever trois principales générations de typologies de bâtiments encore présentes sur le site. Tout d’abord, la typologie XIN CUN (1950-1978) est révélatrice d’un mode de vie issu essentiellement d’une politique d’organisation socio-économique autour de l’unité de travail. L’individu est logé par l’Etat ou son entreprise dans une structure résidentielle construite à proximité de son lieu de travail. Il entretient principalement des relations de voisinages dans un cercle relativement fermé. Les espaces de communication telle que la rue, sont très importants et vecteurs d’interactions sociales. On constate une croissance urbaine fortement contrôlée jusqu’aux réformes de la fin des années 1970 qui marquent l’expression de « ville post-maoïste » et le développement économique et industriel. On passe ainsi d’un taux d’urbanisation de 20% à la fin des années 70 en Chine à 50% en 2008. La croissance urbaine à Shanghai est de 3% dans les années 1990. [1]

Carrefour commercial de Xujiahui

Carrefour commercial de Xujiahui © Sophie Meyer 2014

Dans ce nouveau contexte où s’instaure une dynamique d’émancipation individuelle, apparait la deuxième génération de typologie de logements (1984-1995). Le quartier de Xujiahui se développement non plus de manière horizontal mais tend à se densifier et à gagner de la hauteur. En effet, la loi de 1984 décentralise le pouvoir de l’Etat vers les districts et les arrondissements et instaure une plus grande autonomie locale du développement urbain plus. La ville de Shanghai tend à attirer les flux migratoires et de nouveau investisseurs afin de stimuler la croissance économique. La loi de 1992 libère le foncier en termes de valeur d’usages (système de baux emphytéotiques) aux acteurs économiques et l’espace urbain devient un bien marchand qui suscite de nouvelles pratiques de transactions. [2] Ces réformes sur l’urbanisme marquent l’avènement d’une société de consommation où l’on incite l’accession à la propriété. D’un point de vue sociologique, l’individualisme grandissant change le rapport à l’habitat et les modes des vies. On note l’éclatement des activités quotidiennes et les parcours travail-habitat-loisirs se dispersent.

Entrée d’une résidence privée

Entrée d’une résidence privée © Anaïs Houdebert 2014

Ce processus engagé de transformation urbaine amène à la 3ème génération de typologie de logement (1995 à nos jours). Nous avons pu observer le caractère très particulier des îlots constituant le quartier de Xujiahui. Les édifices les plus récents sont des groupes de résidences fermées de grandes hauteurs où la conception de voisinage est très particulière. En d’autres termes, on peut évoquer le système des « gâtes communitites » du modèle américain. Ces résidences sont caractérisées par des murs d’enceintes, grilles, gardes et système de vidéo surveillances. La notion de sécurité est très importante. On peut alors questionner la porosité du tissu urbain de ces grands îlots où l’espace public est très limité et la traversée presque impossible. Ce type de modèle nous montre l’embourgeoisement du quartier et démontre le phénomène croissant des inégalités et de la ségrégation socio-spatiale.

Espace public restreint et îlots imperméables

Espace public restreint et îlots imperméables © S. Meyer, A. Houdebert 2014

Par ailleurs, le processus de valorisation urbaine a promu le développement d’une vaste zone dédiée au tertiaire et aux commerces de l’électronique. Les abords du carrefour de Xujiahui sont marqués par des édifices très emblématiques qui révèlent l’identité du site et du commerce high-tech. Malgré un certain chaos et les conflits d’usage, le dynamisme et l’attractivité du quartier semblent en plein essor, en témoignent les nombreux chantiers et les consommateurs qui fréquentent les centres commerciaux. Autour de Zhaojiabang Road et du Carrefour de Xujiahui, c’est le développement économique et l’investissement privé qui semble être l’objectif principal des acteurs de la gouvernance urbaine. Il en résulte un tissu urbain morcelé par l’addition de projets immobiliers autonomes sans cohérence. Les tours de bureaux et les centres commerciaux s’accumulent le long de l’avenue principale tandis que des condominiums de résidences s’enferment au cœur des îlots.

Rupture d’échelle vue du St Mary Convent

Rupture d’échelle vue du St Mary Convent © Anaïs Houdebert 2014

Aujourd’hui, le quartier Xujiahui connait une nouvelle phase de développement urbain, promu par le développement d’un noyau d’échange du réseau métropolitain et son statut de sous-centre de la ville de Shanghai. A l’intersection de cinq artères principales dont Zhaojiabang, Hongqiao, Huashan et Caoxibei, il y aura trois principales lignes de métro (ligne 1, 9 et 11) qui traversent cette zone en utilisant le sous-sol du bâtiment Grand Gateway comme plate-forme de transfert. À ce stade, deux facteurs importants vont défier l’aménagement urbain. L’un est la réalisation d’un espace public de haute qualité, tout en atténuant l’isolement des installations commerciales causées par le trafic. Un autre facteur vient de la particularité du lieu et de son patrimoine que le gouvernement local du district de Xuhui souhaite valoriser par un plan de développement du tourisme autour de la Cathédrale St Ignace.

[1]Source : Dossier Où vont les villes chinoises de JF DOULET 2008

[2]Source : Dossier Où vont les villes chinoises de JF DOULET 2008

Auteur: Anaïs Houdebert, office rethink, et Sophie Meyer

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