Road construction in Goma

Goma, entre Lac Kivu et le Nyiragongo – RDC

Map of the metropolitan region of Goma

Map of the metropolitan region of Goma © Rethink 2015

La ville de Goma, chef lieu de la province du Nord-Kivu, se situe à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) à la frontière avec le Rwanda. Elle n’a pas eu la chance d’un développement urbain progressif et paisible. Des décennies de conflits armés dans la région ont détruit ses structures urbaines et administratives, amenées des milliers de déplacés et laissées des profondes traces dans la société civile.

Aujourd’hui, après quelques années de calme relative, la ville sort de l’aide d’urgence et s’oriente vers la stabilisation, la paix et le développement. On constate des activités de construction dans la ville, signés de la confiance dans l’avenir. Mais le retard d’investissement dans les infrastructures et la faiblesse des services publics est considérable pour une ville d’environ un million d’habitants.

Goma de 1930 à aujourd’hui

Un premier plan d’urbanisme pour le centre de Goma a été dessiné en 1931 sous la colonisation belge. La ville s’est développée par la suite sous influence européenne vers une destination touristique. Après l’indépendance au début des années 60, des tensions ethniques ont émergées. La période post-Mobutu, à partir de 1997, a été marquée par une profonde crise socio-économique, sur laquelle la ville a répondu par une «informalisation» quasi total de son économie.

En 1994 se déclenche un conflit armé entre les Hutu et les Tutsi au Rwanda et Goma devient un refuge pour des milliers de réfugiés. C’est le démarrage d’une longe période d’instabilité et de conflits armés pendant laquelle Goma continue d’accueillir des refugiés. Depuis 2013 une stabilité précaire s’est installée. Des effectifs importants de la MONUSCO et la présence des nombreuses agences gouvernementales, comme UN-Habitat, et ONG aident au maintien de la paix.

La région métropolitaine au centre de la région des Grands Lacs

View on Goma and the Nyiragongo

View on Goma and the Nyiragongo © Christian HORN 2015

Le territoire élargi de Goma fait parti de la région des Grands Lacs et de la partie méridionale de la vallée du Grand Rift. C’est un territoire de volcans, d’eau et de forêts. Plusieurs parcs nationaux sont recensés, dont le parc National des Virunga et ses volcans dont le Nyiragongo. Créé en 1925 ce parc est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité pour son exceptionnelle biodiversité.

Goma se situe au bord nord du Lac Kivu. La ville de Rubavu est son pendant au Rwanda. Avec les volcans au nord et le Lac Kivu au sud, le site constitue un des passages pour traverser le Grand Rift. Son hinterland avec des ressources naturelles et des sites naturelles d’exception constitue un autre atout pour son développement. Goma est aujourd’hui un point d’échange important au croisement des routes. Aussi pour le commerce informel et le trafic illégal des ressources naturelles.

La ville est soumise à deux risques naturels majeurs. Le premier vient du volcan Nyiragongo en activité. La dernière éruption date du 17 janvier 2012, détruisant une partie de la ville. Une prochaine éruption est possible à tout moment. Coté sud, le lac Kivu est l’un des trois lacs dans le monde susceptible d’éruptions limniques graves (lac méromictique). Le lac contient du CO2 et méthane «piégés» dans les eaux profondes, mais qui pourraient être libérés avec des risques de perte de vies pour la population.

Une démographie exceptionnelle

Population of the city of Goma 1953-2010

Population of the city of Goma 1953-2010 © Büscher, K., 2011

En 1958 un recensement a révélé une population de 10 353 habitants. A ce moment la ville couvrait une superficie de 6 kilomètres carrés. En 1993, le nombre de résidents de Goma atteint 172 573 sur une surface de plus de 38 km², et en 2010 la population a été estimée à environ 800 000 habitants sur une superficie de la ville de 75,72 km². Aujourd’hui on estime que la ville de Goma a près d’un million d’habitants.[1]

Cette croissance de la population hors norme a dépassé les autorités locales. La destruction du tissu économique par les conflits armés et l’arrivée forte des réfugiés résultent dans un taux de chômage élevé, aussi parmi la jeunesse. Mais pour la réduction de la pauvreté et la consolidation de la paix l’emploi est essentiel. Goma possède des atouts, qui doivent être relevés, coordonnés et mise au service de la population pour leur offrir un avenir meilleur.

Aujourd’hui la région métropolitaine de Goma est une zone à fort enjeux environnementaux (préservation des sites naturelles), politico-économiques (ressources naturelles, position transfrontalier et commerciale) et sociétaux (démographie, déplacées, immigrations,…).

Le renforcement des capacités en aménagement urbain

Road construction in Goma

Road construction in Goma © Christian HORN 2015

La ville est en train de passer de l’aide humanitaire à la reconstruction urbaine, économique et administrative. Comme pôle urbain major, son développement équilibré est essentiel pour la stabilisation de la région. Comme région transfrontalière, ces enjeux dépassent le cadre national de la RDC.

Divers projets de reconstruction sont en cours de réalisation, pilotés principalement par les agences gouvernementales, internationales et ONG. Car les décennies de conflits ont laissé un retard considérable dans le développement des capacités des autorités locales. Les moyens humains et matériels municipales actuelles ne permettent pas de gérer ou planifier le développement urbain. Résultant par exemple dans des infrastructures urbains défaillantes, des constructions spontanés et illégitimes, ainsi des manques d’encaissements d’impôts locaux.

La faible informatisation des administrations ralenti le traitement des données et ne facilite pas les démarches administratives pour la population. L’archivage papier sans traitement numérique limite l’accessibilité des données par les différents services et les rend vulnérable aux incendies et à sa dégradation. Et elle ne permet pas l’exploitation des données numériques créées par des acteurs externes (cartographie SIG…).

North Kivu Planning Division

North Kivu Planning Division © Christian HORN 2015

La reconstruction administrative nécessite de définir les besoins et de mettre en place un programme de formation et d’accompagnement. Car sans services administratifs adaptés, les stratégies de développement ne pourront être discutés, appliqués et suivis. Le renfoncement des capacités doit favoriser la transparence, la bonne gouvernance et lutter contre la corruption. Il doit permettre de répondre aux attentes des populations suite aux premières élections municipales dans la RD Congo, prévu pour fin 2015.

Pendant le processus de la stabilisation et du développement, les autorités locales doivent prendre une place de plus en plus importante dans la conception, le pilotage et la gestion. L’objectif est qu’à la fin de ce processus, ils possèdent des capacités et outils pour poursuive le travail sans assistance extérieur.

La mise en place des instances d’échange

Parallèlement à la reconstruction administrative il est nécessaire de développer des lieux de coordination, de rencontre et d’échange, sous pilotage d’une agence internationale de réputation neutre. Il s’agit de coordonner le développement de Goma pour le bien de tous et surtout des plus faibles et de préparer la ville à un départ progressif des organisations internationales et humanitaires.

A participatory and inclusive proces

A participatory and inclusive process © Rethink 2015

Trois différents instances de travail peuvent être mise-en-place:

  • Observatoire de la ville (lieu d’échange, de coordination et d’information); réseaux des acteurs officiels
  • Conseils citoyen (lieu de proximité, de concertation, de participation); importance de connecter avec les réseaux informels de la ville; les futurs porteurs de projet
  • Forum urbain (lieu de débat élargie, événement majeur de promotion de Goma); rencontre des réseaux officiels et inofficieux

Observatoire de la ville

L’observatoire de la ville devient un guichet unique de la gestion urbaine. Il collecte les informations sur le développement urbain, les analyse et les met à la disposition des autorités publiques. Il constitue un outil central pour la collecte des données, la coordination des études et projets et l’aide à la décision. Il réunit les autorités, les institutions et organisations impliquées dans la stabilisation et le développement urbain. L’observatoire organise régulièrement des réunions d’information, d’échange et de décision avec les partenaires. Son objectif est de repositionner les autorités publiques au cœur du développement urbain.

Conseils citoyens

L’implication des habitants est crucial pour le développement d’une ville. Sans leur support la réalisation des projets ralentit et contre leur avis les projets risquent d’échouer. Mais le développement d’une ville est complexe et l’implication des habitants doit se faire dans un processus de l’appropriation des problématiques, des enjeux et des opportunités. Des conseils citoyens peuvent être développées au niveau des quartiers pour informer et demander les avis des habitants. Pour faire remonter des propositions et pour développer des actions citoyennes et des projets pilotes. Ils seront consultées dans le cadre de l’élaboration du plan guide urbain de la ville et des quartiers. La parité homme, femme doit être respectée dans ces consultations et la jeunesse doit trouver une place particulière pour porter sa voix.

Forum urbain de Goma

Les acteurs publics, privés et la société civile portent un grand intérêt dans le développement de la ville et de sa région. Mais l’absence d’un événement d’information, de rencontre et d’échange forme un obstacle pour un ouvrir un débat ouvert et partagé. La mise-en-place d’un forum urbain peut permettre la présentation des projets des différents acteurs et l’échange entre les autorités, acteurs et la société civile. De prioriser des actions et projets et d’amorcer des accords entre porteurs de projet, bailleurs et autorités locales. Le forum urbain peut constituer le déclencheur une processus de développement urbain et économique coordonné de Goma.

 

Construction of villas in Goma

Construction of villas in Goma © Christian HORN 2015

Comme dans beaucoup de villes des pays en développement ou en transition les besoins sont importants et le développement démographique et spatial est rapide. Goma va continuer de se développer et attirer des populations, avec ou sans planification. Actuellement la ville rentre dans une période post-conflit et avec une relative stabilisation et sécurité des jours meilleurs se dessinent.

Actuellement on constate encore un développement sans stratégie, ni planification avec une situation de pauvreté et d’insécurité pour une grande partie de la population. Une démarche partagée et inclusive nécessite un développement des capacités des autorités publiques pour une meilleure gestion et la lutte contre la corruption pour reconstruire la confiance de la population dans les autorités publiques. Il est temps de favoriser la bonne gouvernance, de la transparence, de la coopération et la planification pour ce ville entre lac et volcan.

[1] Büscher, K., 2011. Conflict, state failure and urban transformation in the Eastern Congolese periphery. The case of Goma.

Christian Horn est le gérant de l’agence d’architecture et d’urbanisme rethink

Le travail sur la ville de Goma a eu lieu dans le cadre d’une mission avec UN-Habitat en février 2015

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